Rattraper le temps

C’est un roman tendre, que propose Maxime Landry avec Moi aussi, je t’aime. Il s’agit aussi d’une réflexion sur nos priorités, sur le temps qui passe et qui nous échappe, sur les occasions à saisir. Sur l’importance de s’aimer et de s’accepter soi-même aussi.

David Lemieux a une vie professionnelle exaltante à première vue, étant pompier de profession, mais les chaos de sa vie personnelle éteignent complètement sa passion pour son métier. Sans compter qu’une relation amicale/amoureuse ratée il y a vingt ans le hante encore. C’est alors que s’offre à lui la possibilité de se poser ailleurs qu’à Montréal, où la vie lui donne une deuxième chance. Arrivera-t-il à la saisir?

À mettre dans votre pile à lire, pour son côté doux et une fin surprenante à la fois.  

Moi aussi, je t’aime, Maxime Landry, Libre Expression

Amours swipés

Une poésie tout en simplicité et en authenticité, qui nous amène au cœur de la vie amoureuse de Samuel Larochelle. On lit ses mots doucement, on s’imprègne de ses sentiments, on se laisse guider dans ses dédales amoureux en souhaitant qu’il trouve sa douce moitié. La formule poétique de ce récit très personnel (et je souligne l’audace de l’auteur ici) nous permet d’apprécier chacune des phrases, sans nous presser.

Je me suis reconnue à travers sa vulnérabilité, le thème de l’amour étant universel, peu importe son orientation sexuelle. Mais c’est plus qu’un récit sur la recherche de l’autre, c’est aussi une histoire sur l’acceptation de soi, ses désirs, ses peurs et ses besoins à l’ère des réseaux sociaux et des applications de rencontres qui bouleversent notre mode de séduction.

J’ai échappé mon cœur dans ta bouche, Samuel Larochelle, Stanké

Rite de passage

Voici une courte histoire qui se lit en une soirée, et qui fait découvrir Patrick Senécal sous un autre angle. J’ai lu plusieurs romans de cet auteur, qui maîtrise sans conteste le suspense, l’épouvante et l’humour noir. Ce texte, qui a paru d’abord en 2014 dans le collectif Des nouvelles du père et réédité récemment par Québec Amérique, nous permet d’entrer dans l’univers personnel de l’auteur et de la relation avec son fils.

Alors que la famille Senécal s’apprête à vivre un déménagement (de Saint-Hilaire à Montréal), son garçon Nathan n’accepte pas ce changement. Afin de faciliter la transition, Patrick Senécal lui offre de parcourir la distance entre les deux maisons, pour faire un genre de rite de passage. On accompagne donc les deux protagonistes à travers ce trajet de 38 kilomètres. Cette courte histoire est touchante, et nous donne le goût de réaliser cette expérience à notre tour. Le seul reproche que j’ai à faire à ce récit : il se lit beaucoup trop vite!

38 kilomètres, Patrick Senécal, Québec Amérique

Noyade intérieure

Le roman Je suis le courant la vase est roman difficile, qui brasse. On se glisse dans le monde de la natation de niveau compétitif avec ce sentiment de s’enfoncer dans la vase avec le personnage, le souffle manque au rythme de la narration sans dialogues de cet univers sombre où abus, violence, drogue tournoient. Le personnage principal nage entre les entraînements extrêmes, un coach abusif et contrôlant, mais aussi une vie de débauche (surprenante à mes yeux) avec ses compairs où les limites sont floues et les relations indéfinissables.

En toute honnêteté, j’ai eu du fil à retordre à parcourir la première partie du livre, me sentant aspirer par la noirceur du récit. Mais du même coup, je souhaitais aussi comprendre la complexité du personnage, frôler les abysses avec elle. Marie-Hélène Larochelle est une auteure talentueuse, qui sait utiliser les mots et les phrases pour rythmer des propos sombres, qui viennent nous tourmenter. C’est le sentiment qui m’a envahi tout au cours de ma lecture. Même après le mot « Fin ».

Je suis le courant la vase, Marie-Hélène Larochelle, Leméac

Douce Almanda

Récipiendaire du prix littéraire France-Québec, le roman Kukum a fait beaucoup parler de lui au cours des dernières semaines. Il était dans ma pile à lire depuis un moment, et j’ai profité du froid de janvier pour me plonger dans ce récit de Michel Jean. Inspirée de la vie de l’arrière-grand-mère de l’auteur, on fait un voyage dans le temps pour découvrir la culture innue et son nomadisme. 

Almanda, la femme au centre de cette histoire, n’est pas Innu de sang, mais de cœur. Elle rencontre un Amérindien nommé Thomas dont elle tombe amoureuse, et quitte sa famille d’accueil où elle ne sait jamais vraiment sentie chez elle pour vivre la vie de nomade. Elle apprendra la culture de son mari, adoptera les coutumes de sa nation et deviendra une Innue d’adoption.

Les forces de ce roman sont de permettre au lecteur de plonger dans cet univers autochtone, de nous faire connaître leur culture, leur territoire, leurs blessures aussi. À travers les yeux d’Almanda et la plume agréable de Michel Jean, on saisit mieux les combats et la répression des peuples qui occupaient le territoire. Bien avant nous.

À lire, parce que le passé nous est raconté avec sensibilité.

Kukum, Michel Jean (Libre Expression)