Blogue : mes lectures

Femme forte et attachante

Il s’agit en quelque sorte de la suite du roman turbulences du cœur, mais il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour apprécier Les vertiges du cœur. Et je m’en confesse, je ne me rappelais plus tant des détails de Turbulences du cœur que j’avais lu il y a un bon moment déjà!

On entre dans la peau de Catherine, cinquantenaire dynamique qui a fait un retour aux études afin de devenir avocate. Femme ayant une forte personnalité, elle décide de ne pas travailler au cabinet de son jeune mari et plutôt d’accepter une offre dans un cabinet situé en Estrie. Évidemment, cette décision chamboule le quotidien, alors qu’elle passe la majorité de son temps loin de la maison familiale récemment acquise.

L’autrice aborde plusieurs sujets à travers cette histoire, dont la famille, mais surtout, sur la place qu’on s’accorde à soi-même, les choix qu’on fait pour soi. Même si je suis plus jeune que la protagoniste, je me suis sentie proche de Catherine au cours de ma lecture et c’est avec une petite peine que j’ai terminé l’histoire, comme si je devais dire au revoir à une amie.

Les vertiges du cœur, Nathalie Roy, Libre Expression

Rattraper le temps

C’est un roman tendre, que propose Maxime Landry avec Moi aussi, je t’aime. Il s’agit aussi d’une réflexion sur nos priorités, sur le temps qui passe et qui nous échappe, sur les occasions à saisir. Sur l’importance de s’aimer et de s’accepter soi-même aussi.

David Lemieux a une vie professionnelle exaltante à première vue, étant pompier de profession, mais les chaos de sa vie personnelle éteignent complètement sa passion pour son métier. Sans compter qu’une relation amicale/amoureuse ratée il y a vingt ans le hante encore. C’est alors que s’offre à lui la possibilité de se poser ailleurs qu’à Montréal, où la vie lui donne une deuxième chance. Arrivera-t-il à la saisir?

À mettre dans votre pile à lire, pour son côté doux et une fin surprenante à la fois.  

Moi aussi, je t’aime, Maxime Landry, Libre Expression

Amours swipés

Une poésie tout en simplicité et en authenticité, qui nous amène au cœur de la vie amoureuse de Samuel Larochelle. On lit ses mots doucement, on s’imprègne de ses sentiments, on se laisse guider dans ses dédales amoureux en souhaitant qu’il trouve sa douce moitié. La formule poétique de ce récit très personnel (et je souligne l’audace de l’auteur ici) nous permet d’apprécier chacune des phrases, sans nous presser.

Je me suis reconnue à travers sa vulnérabilité, le thème de l’amour étant universel, peu importe son orientation sexuelle. Mais c’est plus qu’un récit sur la recherche de l’autre, c’est aussi une histoire sur l’acceptation de soi, ses désirs, ses peurs et ses besoins à l’ère des réseaux sociaux et des applications de rencontres qui bouleversent notre mode de séduction.

J’ai échappé mon cœur dans ta bouche, Samuel Larochelle, Stanké

Rite de passage

Voici une courte histoire qui se lit en une soirée, et qui fait découvrir Patrick Senécal sous un autre angle. J’ai lu plusieurs romans de cet auteur, qui maîtrise sans conteste le suspense, l’épouvante et l’humour noir. Ce texte, qui a paru d’abord en 2014 dans le collectif Des nouvelles du père et réédité récemment par Québec Amérique, nous permet d’entrer dans l’univers personnel de l’auteur et de la relation avec son fils.

Alors que la famille Senécal s’apprête à vivre un déménagement (de Saint-Hilaire à Montréal), son garçon Nathan n’accepte pas ce changement. Afin de faciliter la transition, Patrick Senécal lui offre de parcourir la distance entre les deux maisons, pour faire un genre de rite de passage. On accompagne donc les deux protagonistes à travers ce trajet de 38 kilomètres. Cette courte histoire est touchante, et nous donne le goût de réaliser cette expérience à notre tour. Le seul reproche que j’ai à faire à ce récit : il se lit beaucoup trop vite!

38 kilomètres, Patrick Senécal, Québec Amérique

Noyade intérieure

Le roman Je suis le courant la vase est roman difficile, qui brasse. On se glisse dans le monde de la natation de niveau compétitif avec ce sentiment de s’enfoncer dans la vase avec le personnage, le souffle manque au rythme de la narration sans dialogues de cet univers sombre où abus, violence, drogue tournoient. Le personnage principal nage entre les entraînements extrêmes, un coach abusif et contrôlant, mais aussi une vie de débauche (surprenante à mes yeux) avec ses compairs où les limites sont floues et les relations indéfinissables.

En toute honnêteté, j’ai eu du fil à retordre à parcourir la première partie du livre, me sentant aspirer par la noirceur du récit. Mais du même coup, je souhaitais aussi comprendre la complexité du personnage, frôler les abysses avec elle. Marie-Hélène Larochelle est une auteure talentueuse, qui sait utiliser les mots et les phrases pour rythmer des propos sombres, qui viennent nous tourmenter. C’est le sentiment qui m’a envahi tout au cours de ma lecture. Même après le mot « Fin ».

Je suis le courant la vase, Marie-Hélène Larochelle, Leméac

« Humilité, viens m’enlacer. »

D’entrée de jeu, j’étais curieuse d’en connaitre plus sur cet homme qu’on voit beaucoup à la télévision et que ses écrits regorgent les tablettes des librairies. Simon Boulerice, toujours habillé d’un sourire oversize, semble embrasser la vie, faire vivre l’enfant en soi sans pudeur. Je ne saurais définir le genre exact de ce livre, qui navigue entre la biographie, le récit, entrecoupé de réflexions et micro-auto-analyses.

J’ai aimé découvrir l’univers de Boulerice sous sa plume poétique – son talent avec les mots est indéniable –, et le récit porte à la réflexion sur nous-mêmes, sur les facettes que l’on ose montrer, mais aussi sur celles qu’on tait pour respecter certains standards. Sans aucun doute, l’incursion dans le passé de Boulerice permet de comprendre et d’en savoir plus sur le personnage médiatique, celui qui brille sous les caméras à grands coups de « split ». Il s’agit d’un bel ouvrage pour découvrir l’auteur, qui se lit comme un roman.  

Pleurer au fond des mascottes, Simon Boulerice, Québec Amérique

Roadtrip au pays de l’hiver

J’avais très hâte de plonger dans ce nouveau roman d’Andrée-Anne Brunet. Son premier (Ne pas toucher s’il vous plaît) m’avait beaucoup plus, et j’aime beaucoup voyager à travers les livres. C’est donc à bord d’un campingvan qu’on visite les paysages hivernaux de l’Islande en compagnie de Malorie vient de perdre son frère de façon tragique, alors qu’il s’est endormi au volant sa voiture.

Encore engourdie par la peine, la jeune femme trouve un carnet en vidant les affaires de son frère dans son appartement. Dans ce cahier, il a noté les détails d’un voyage marquant qu’il a fait en Islande. Carnet en main, elle se lance sur les traces de son frère, en reproduisant le même voyage que lui. Les paysages de l’Islande, son aride hiver, ses routes sinueuses, Malorie apprivoise ce pays tout en tentant d’apprivoiser une bête plus grande encore : le deuil. Dans ce roman, le personnage principal s’adresse directement à son frère lors de cette épopée en solo. On a droit une histoire émouvante, parfois drôle et douce, qui nous rappelle que la vie n’est pas toujours rose bonbon, mais qu’elle vaut quand même la peine d’être savourée.

Embrasser le chaos, Andréanne-Brunet (Libre Expression)

Les privilèges d’Adam et Marion

J’ai plongé dans ce roman avec de grandes attentes, je l’avoue. Fanny Britt est une autrice de renom qui maitrise la langue, qui nous glisse doucement dans la psychologie des personnages. On les suit, on veut savoir ce qu’il va leur arriver, on s’attache, on tente de comprendre leur désarroi même s’ils ont tout pour être heureux. Et cette lecture nous amène certainement à réfléchir sur nos propres vies privilégiées.

Dans cet opus, on rencontre d’abord Adam, personnalité publique qui a percé grâce à ses talents de chef cuisinier. Lors d’un voyage au bord de la mer, il a un accident de surf, où il passe près de la mort et au passage, broie le genou d’une jeune fille, prénommé Celia. Cet événement le changera sa perception de la vie, qu’il porte lourdement jusqu’à cette érablière qu’il vient d’acquérir. Pendant ce temps, Marion, sa conjointe à l’aube de ses 40 ans, vit également de grands bouleversements intérieurs.   

J’ai beaucoup aimé ce roman, mais je dois dire que je suis restée sur ma faim lorsque je l’ai terminé. J’aurais envie d’en savoir plus sur la personnalité de Celia, qui à première vue semble complexe, mais aussi sur ce que réserve l’avenir d’Adam et Marion.

Faire les sucres, Fanny Britt (Cheval d’août)

Des détours qui valent la peine

Il y a des lectures dans lesquelles on plonge plus facilement que d’autres, parce que ça nous parle directement ou c’est en accord avec ce que l’on vit. Bref, ce sont des histoires, qui même après les avoir terminées, elle nous reste en tête quelque temps. Détours sur la route de Compostelle a été un de ces livres-là pour moi, qui m’a habité pendant un bon moment.

Même si ma réalité est bien différente de Mireille (femme mariée, trois grands fils, vie en parfait contrôle!) son voyage sur la route de Compostelle imposée par sa sœur pas très fiable, ses questionnements tout au long du parcours, ses envies de tout lâcher parfois et ses doutes m’ont amené à réfléchir, m’ont fait sourire, m’ont ému. Au cours des pages, on veut savoir où cette aventure imprévisible pour Mireille la mènera. La plume de Mylène Gilbert-Dumas est juste, son sens du récit aussi. Il fait froid et vous ne voulez plus sortir de vos couvertures? C’est un livre pour se distraire et se laisser porter par les paysages européens.  

Détours sur la route de Compostelle, Mylène Gilbert-Dumas (vlb éditeur)

Douce Almanda

Récipiendaire du prix littéraire France-Québec, le roman Kukum a fait beaucoup parler de lui au cours des dernières semaines. Il était dans ma pile à lire depuis un moment, et j’ai profité du froid de janvier pour me plonger dans ce récit de Michel Jean. Inspirée de la vie de l’arrière-grand-mère de l’auteur, on fait un voyage dans le temps pour découvrir la culture innue et son nomadisme. 

Almanda, la femme au centre de cette histoire, n’est pas Innu de sang, mais de cœur. Elle rencontre un Amérindien nommé Thomas dont elle tombe amoureuse, et quitte sa famille d’accueil où elle ne sait jamais vraiment sentie chez elle pour vivre la vie de nomade. Elle apprendra la culture de son mari, adoptera les coutumes de sa nation et deviendra une Innue d’adoption.

Les forces de ce roman sont de permettre au lecteur de plonger dans cet univers autochtone, de nous faire connaître leur culture, leur territoire, leurs blessures aussi. À travers les yeux d’Almanda et la plume agréable de Michel Jean, on saisit mieux les combats et la répression des peuples qui occupaient le territoire. Bien avant nous.

À lire, parce que le passé nous est raconté avec sensibilité.

Kukum, Michel Jean (Libre Expression)