Des détours qui valent la peine

Il y a des lectures dans lesquelles on plonge plus facilement que d’autres, parce que ça nous parle directement ou c’est en accord avec ce que l’on vit. Bref, ce sont des histoires, qui même après les avoir terminées, elle nous reste en tête quelque temps. Détours sur la route de Compostelle a été un de ces livres-là pour moi, qui m’a habité pendant un bon moment.

Même si ma réalité est bien différente de Mireille (femme mariée, trois grands fils, vie en parfait contrôle!) son voyage sur la route de Compostelle imposée par sa sœur pas très fiable, ses questionnements tout au long du parcours, ses envies de tout lâcher parfois et ses doutes m’ont amené à réfléchir, m’ont fait sourire, m’ont ému. Au cours des pages, on veut savoir où cette aventure imprévisible pour Mireille la mènera. La plume de Mylène Gilbert-Dumas est juste, son sens du récit aussi. Il fait froid et vous ne voulez plus sortir de vos couvertures? C’est un livre pour se distraire et se laisser porter par les paysages européens.  

Détours sur la route de Compostelle, Mylène Gilbert-Dumas (vlb éditeur)

Douce Almanda

Récipiendaire du prix littéraire France-Québec, le roman Kukum a fait beaucoup parler de lui au cours des dernières semaines. Il était dans ma pile à lire depuis un moment, et j’ai profité du froid de janvier pour me plonger dans ce récit de Michel Jean. Inspirée de la vie de l’arrière-grand-mère de l’auteur, on fait un voyage dans le temps pour découvrir la culture innue et son nomadisme. 

Almanda, la femme au centre de cette histoire, n’est pas Innu de sang, mais de cœur. Elle rencontre un Amérindien nommé Thomas dont elle tombe amoureuse, et quitte sa famille d’accueil où elle ne sait jamais vraiment sentie chez elle pour vivre la vie de nomade. Elle apprendra la culture de son mari, adoptera les coutumes de sa nation et deviendra une Innue d’adoption.

Les forces de ce roman sont de permettre au lecteur de plonger dans cet univers autochtone, de nous faire connaître leur culture, leur territoire, leurs blessures aussi. À travers les yeux d’Almanda et la plume agréable de Michel Jean, on saisit mieux les combats et la répression des peuples qui occupaient le territoire. Bien avant nous.

À lire, parce que le passé nous est raconté avec sensibilité.

Kukum, Michel Jean (Libre Expression)

Humour du quotidien

D’emblée, je dois avouer que j’aime particulièrement l’humour de Stéphane Dompierre. Sa façon de relever les travers de la vie, de mettre une loupe sur les détails épineux (ou parfois des détails niaiseux!) me plaît et me faire rire. C’est pourquoi ce livre, un genre de recueil de mini-chroniques/opinions/réalités, traîne dans ma maison et que je remets souvent la main dessus, même si je l’ai déjà lu en entier. À ce temps où nos aptitudes sociales sont en chute libre (eh oui, un effet de la Covid!), cet ouvrage permet de rire de travers, de nos habitudes bizarres ou tout simplement de nous-mêmes. Dompierre maîtrise l’autodérision, a un humour juste assez grinçant, et ses références me font bien rire. Il faut croire qu’on a pas mal les mêmes.

Marcher sur un Lego et d’autres raisons d’aimer la vie, Stéphane Dompierre (Québec Amérique)

Ah l’amour!

Je vous présente aujourd’hui un roman d’une auteure dont j’apprécie particulièrement la plume, Valérie Chevalier, que j’ai lu pour la deuxième fois parce que, oui, c’est réconfortant de relire un roman et parfois, ça fait du bien! Dans La théorie du drap contour, Florence nous raconte ses différentes aventures amoureuses à la suite de la rupture douloureuse avec celui qu’elle considérait l’homme de sa vie. (Notre premier grand amour, on est tous persuadés que c’est l’homme de notre vie, right?) La singularité de ce récit se retrouve dans le type de narration, alors que le personnage principal s’adresse directement à ses anciennes flammes avec l’utilisation du « tu », comme si elle réglait ses comptes (avec une certaine douceur, disons-le!) avec ces jeunes hommes qui ont défilé dans sa vie. Je me suis reconnue dans le personnage de cette amoureuse en série, dans ses déboires, ses peines grandes comme le monde, ses désillusions, mais son romantisme et ses espoirs aussi.

Une lecture parfaite pour ce mois de janvier en confinement, parce qu’on s’entend que ce début de 2021 nous laisse amplement de temps pour lire nos auteurs préférés, ou en découvrir de nouveau!

La théorie du drap contour, Valérie Chevalier (Hurtubise)

Balbutiements d’une amitié

J’ai lu ce roman, que j’ai chipé de la bibliothèque de ma belle-fille j’en confesse, en 48 heures. D’abord attirée par la superbe couverture épurée, je désirais lire cette nouvelle histoire de Marie-Christine Chartier depuis sa sortie en librairie. Un roman choral qui goûte le bonbon sans tomber sur le cœur, qui nous replonge dans ce moment de notre vie qu’est le passage à l’âge adulte.

On fait la rencontre de Jake Surrey, jeune acteur très populaire qui a connu une descente aux enfers remarquable. Tout le monde a son avis sur la débâcle de ce jeune prodige, dont le frère aîné vient de mourir dramatiquement. Il a aussi Émilie, cégépienne aux grandes ambitions, qui porte son lot de douleurs et d’abandons – certes moins spectaculaires que celles de Jake, en apparence du moins. Le chemin de ces deux personnages se croise, et on assiste à la naissance de cette amitié improbable et on souhaite qu’ils grandissent, traversent leurs maux, pansent leurs blessures. Les mots de Chartier sont doux, il est facile de se laisser porter par cette histoire. À lire par une journée froide d’hiver, avec un café et un doudou.

Le sommeil des loutres, Marie-Christine Chartier (Hurtubise)

#relationscompliquées

Voici un roman contemporain – mon style préféré, parce que j’aime beaucoup m’identifier aux personnages quand je lis – où on surfe dans la peau d’un personnage à l’autre. L’histoire met en scène principalement deux protagonistes, soit Magalie et Guillaume, dont leur destin se croise grâce à leurs parents sont amoureux. Parcours cahoteux, infidélité, séparation; les différences facettes des relations amoureuses et familiales sont abordées. Et tout au cours de la lecture, on cherche le lien qui unit les personnages à la disparition d’Annabelle Juneau.

Le rythme de l’histoire, les brides de lettres et de courriels des personnages, la narration : tout est là pour en faire un véritable page-turner. L’écriture de Bismuth est efficace, empreint d’humour, et les personnages, malgré leurs maladresses et leurs défauts, sont attachants. Un livre qu’on lit comme on regarde une comédie romantique, la romance kitsch en moins et des dénouements inattendus en plus (et surtout, n’attendez pas une fin du style « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »!).

Un lien familial de Nadine Bismuth (Boréal)

Histoire d’un justicier

L’histoire, en bref (parce qu’on veut savoir à quoi on a affaire!) : À la suite du décès de leur enfant, il est devenu inévitable pour Antoine et Elizabeth de se séparer. La douleur envahissante ne laissait plus de place à leur amour, encore bien présent. Un soir où Antoine boit un verre au bar de son ami François, il se retrouve pris au cœur d’une fusillade et joue les héros en sauvant le plus gros caïd de Montréal. Pour le remercier, Sir Chuck (le dit caïd) offre le cadeau de cinq morts pour rembourser sa dette. Oui, cinq morts! (J’aurais clairement préféré une liasse de dollars dans une enveloppe!)

Antoine n’a rien d’une âme sanguinaire, évidemment. Et d’avoir cinq morts sur la conscience… non merci. Mais ce n’est pas comme si Sir Chuck lui laisse vraiment le choix. Frustré (mais genre vraiment frustré intense tout le temps!) par les injustices du monde, Antoine voit donc cette offre comme l’opportunité de faire le ménage.

Le début un peu lent de ce roman met en place le contexte, et les personnages, auxquels on s’attache. Parce qu’Antoine a tout de notre beau-frère, notre ami, notre collègue de travail. C’est dans la deuxième partie du livre que l’histoire devient haletante, qu’on a hâte de savoir comment tout ça va se terminer, parce qu’évidemment, flirter avec le crime organisée amène son lot d’imprévus… Une enquête policière en parallèle, bien sûr, parce qu’on veut comprendre le lien entre ces meurtres qui surviennent dans la ville.

Dis-moi qui doit mourir de Marc-André Chabot (Libre expression)